Pologne
Il y a des moments où les enjeux politiques locaux, régionaux, voire même nationaux, doivent être relativisés.
Nous nous apprêtions à vous parler de Martine Aubry, qui, se sentant portée par des vents supposés durablement favorables, veut remettre au goût du jour le septennat de l’époque Mitterrand (François). Invraisemblable et très égoïste souhait alors que la question du pouvoir et de la qualité de son exercice ne se mesurent pas, à notre connaissance, à la seule lecture d’un calendrier électoral. Et encore moins en fonction de résultats locaux, dispersés et incohérents par nature. Tans pis donc pour Martine. On l’évoque peu.
Nous avions également envisagé de vous entretenir de Ségolène Royal, la mère tape dur du Poitou-Charentes, l’arlésienne de Solferino, la dame blanche vaincue-et-de-beaucoup du second tour présidentiel de 2007, l’incomprise de l’opération « Bravitude ». Celle qui s’imagine qu’elle peut verrouiller la langue française à son seul profit.
Madame Royal vient en effet de déposer à l’Institut National de la Propriété Industrielle plusieurs formules dont elle prétend détenir l’exclusivité, comme « Ordre juste » ou « Espoir à gauche ». Si ça continue, nous devrons tous, pauvres citoyens que nous sommes, demander à cette académicienne in partibus la permission d’employer des expressions telles que : « Bonjour, comment ça va ? » ou « Ça fait du bien ce soleil ! ».
Solidarité
La réalité, qui est beaucoup plus sérieuse que les deux personnalités que nous venons d’évoquer, nous impose un autre sujet. C’est une solidarité et une émotion qui nous amènent à titrer cet éditorial POLOGNE.
Nous le savons tous. Ce pays frère d’Europe a perdu, dans des conditions que les enquêteurs auront à révéler, son couple présidentiel, de très nombreux hauts responsables gouvernementaux, militaires et religieux, beaucoup de mémoires historiques et associatives, un équipage entier.
96 morts qui nous touchent, bien au-delà, considérablement au-delà des difficultés et des incompréhensions qui peuvent marquer la si complexe construction d’une Europe crédible et efficace.
Les Polonais sont nos amis. Ce peuple qui a connu tant d’invasions, au point d’avoir été rayé de la carte pendant plus d’un siècle, a été l’acteur majeur de l’ébranlement, puis de l’effondrement de l’URSS, cet empire que beaucoup pensaient vulnérable certes, mais potentiellement indestructible.
Devoir de mémoire et maison commune
Cette tragédie réveille beaucoup de souvenirs historiques dont la lecture est complexe et doit être nuancée. Elle ramène brutalement à la surface beaucoup de réalités et d’enjeux géopolitiques d’une urgence maximale.
Nous retiendrons tous que c’est en allant rendre hommage aux 22 000 officiers de réserve polonais massacrés par les Soviétiques en 1940 dans les forêts de Katyn que le Président de la Pologne et son entourage ont perdu la vie.
Cette terrible ironie de l’histoire doit nous conduire à un renouvellement de notre devoir de mémoire pour l’ensemble des victimes des guerres qui ont conduit, au XXème siècle au « suicide de l’Europe ». Elle nous invite à souhaiter, plus que jamais, à la Pologne, pays ami, un bel avenir dans notre maison commune. Elle nous oblige à traiter avec l’indifférence voire le mépris qu’ils méritent les gesticulations politiciennes et les calculs médiocres, de quelque bord politique qu’ils proviennent.

