Edito : les anti-Camus, le petit front du non

Vendredi 20 novembre 2009
publié par Olivier Boyer

leditoduweekend_imageNicolas Sarkozy a affirmé hier à Bruxelles que « ce serait un symbole extraordinaire » de « faire entrer Albert Camus au Panthéon », cinquante ans après la mort accidentelle du prix Nobel de littérature 1957. « La décision n’est pas encore prise. J’ai pensé que ce serait un choix particulièrement pertinent. Dans cet esprit, j’ai déjà pris contact avec les membres de sa famille. J’ai besoin de leur accord », a indiqué le Président de la République.

Jusqu’ici tout va bien. Mais bien vite les réflexes idéologiques font rage, les attitudes pavloviennes se répandent. L’impayable Régis Debray, aux sympathies politiques quelque peu évolutives au fil de son riche parcours personnel, condamne de tout son haut une « panthéonade ». D’autres suivent comme des moutons sur internet, plus anonymes, moins talentueux. Ils font petite masse mais pas grande foule.

Voltaire instrumentalisé lui aussi ?

D’où une somme de questions gravissimes, de remises en cause douloureuses. Jacques Chirac a-t-il donc eu tort de vouloir l’entrée d’André Malraux (en 1996) et d’Alexandre Dumas (2002) en ce haut lieu de mémoire ? Et quid de Voltaire, Rousseau, Victor Hugo, Jean Moulin ?… D’après certains, semble-t-il, mieux aurait valu les traiter comme des perstiférés et leur claquer la porte au nez !

Si le PS – enfin, sa partie la plus bornée – et quelques intellectuels autocérébrés tels que Régis Debray, avaient existé en temps voulu, nul doute qu’ils se seraient opposés fermement à l’entrée de Voltaire ou de Rousseau, plein de jeux de mots douteux à la bouche au service d’un argument choc : pas de récupération politique !

François Bayrou, le nouvel ami sincère et sans arrière-pensées des socialistes, fait encore plus fort, à sa façon mousse et pampre. « Je pense que la reconnaissance nationale n’a pas besoin de pompe et je suis sûr que Camus n’aurait pas aimé cette pompe-là », dit-il, péremptoire. On savait que beaucoup se faisaient les interprètes post-mortem du Général de Gaulle dans le genre « Ah, le Général aurait pensé que, il n’aurait pas aimé que, etc… ». Il y a désormais dans notre bon pays de France un dépositaire patenté des messages d’outre-tombe d’Albert Camus : il s’appelle François Bayrou. C’est bon à savoir.

Résistance active

Quoi d’autre ? Ah oui, Michel Onfray. Vous ne le connaissez pas forcément et il vous sera beaucoup pardonné sur ce point. Onfray est philosophe. C’est paraît-il lui aussi un « homme révolté ». Ses propos retranscrits dans le « Nouvel Observateur », valent leur pesant de suffisance : « Nombre de gens parlent de Camus, en bien ou en mal, sans l’avoir lu. Ils se contentent de cartes postales. Quand Bush § Sarkozy (sic) le citent, on peut imaginer qu’ils obéissent à un cabinet de communicants. Mais pareillement pour Rocard ». Puissante analyse, limite implosion des chevilles…

Revenons sur terre. « Toute sa vie, Camus a été un homme de doute, incertain de son talent », confie au « Monde » Olivier Todd qui a été son biographe. « J’ai de l’admiration pour Camus et je garde de l’affection pour Sartre. Ils eurent une attitude très différente face à l’action. Camus appartient à la Résistance active, Sartre, non ».

« La liberté, seule valeur impérissable de l’Histoire ». C’est signé Camus, dans « L’Homme révolté ».

Olivier Boyer

2 commentaires sur “Edito : les anti-Camus, le petit front du non”

  1. jakez

    Dans notre pays, les intellectuels ont une place à part -qui géographiquement se limite au VI arrond de Paris-, et ils n’aiment pas se faire « déborder » par les politiques, ça les énerve.C’est petit, en en même temps ils font partie de notre culture et donc…de notre identité nationale !

    #1081
  2. dominique lambert

    Pas grave. On y mettra Renaud Camus à la place. Ca fera plaisir à Michel Onfray…

    #1091

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