L’identité nationale : Une notion fondamentale pour un débat indispensable

Jeudi 19 novembre 2009
publié par Georges-Philippe Fontaine

photo-francephoto-drapeau-francais08 (WinCE)Nation, Patrie, Identité.

L’idée de Nation a beaucoup varié au cours de l’histoire. C’est un concept changeant qui renvoie à des notions aussi différentes que l’Etat, le pays, le peuple, le territoire. En droit international, en politique, en science sociale, en histoire, le terme Nation ne désigne pas la même chose.

Sur Internet, le dictionnaire de la langue française en propose la définition suivante : «Ensemble de personnes vivant sur un territoire commun conscient de son unité (historique, culturel…) et constituant une entité politique.»

La patrie est connotée de plus d’affectivité. Le terme est d’ailleurs souvent employé quand la Nation est menacée. D’ailleurs les défenseurs d’une nation se disent des patriotes. Le mot patrie compose par exemple  la fin du premier vers de la Marseillaise. Etymologiquement, ce mot signifie le pays des pères.

L’identité renvoie à l’identique, au semblable. L’identité nationale n’est pas une notion facile à définir si tant est qu’on le puisse. C’est un sentiment à la fois d’appartenance à un destin commun et son appropriation. C’est une notion dynamique comprenant une histoire commune passée, une culture commune présente et un avenir commun, futur. L’identité nationale est changeante, elle évolue avec le temps.

En s’appropriant le passé, chacun peut «s’identifier» au groupe pour construire un avenir commun. Cette identité, cette conscience commune facilite le vivre ensemble.

Ce sentiment d’appartenance à une dynamique commune, collective, n’empêche absolument pas la diversité. Au sein d’une identité nationale à laquelle le plus grand nombre aurait le sentiment d’appartenir, on peut trouver des diversités communes qui forment elles-mêmes des identités. On parle bien d’identité Bretonne. Il est tout à fait possible d’être fier de ses racines et de vivre la culture de ses parents tout en adoptant harmonieusement la culture du pays dans lequel on vit et en participant à l’élaboration de son avenir. Aux USA, l’idée de Nation est forte et les individus qui composent ce melting-pot, s’intègrent rapidement, en adhérant simplement à ce sentiment national fort, tout en cultivant longtemps, naturellement sans arrière pensé, la spécificité de leur culture d’origine. La France actuelle est la résultante de toutes les spécificités culturelles que, siècle après siècle, chaque nouveau venu, dans sa diversité, a apporté avec lui.

L’identité individuelle au contraire renvoie plutôt à ce qui caractérise l’individu, son originalité en quelque sorte. C’est pour le coup une sorte de diversité individuelle. Ce concept a le vent en poupe actuellement, dans cette période où les individus sont très centrés sur eux mêmes. Il suffit pour s’en rendre compte de considérer le nombre de blogs personnels et le succès de Face Book où chaque individu revendique sa part d’exceptionnel. Garder son identité, c’est vouloir ne pas se perdre dans la ressemblance. C’est revendiquer, c’est affirmer sa différence. C’est un pas vers le communautarisme, si on considère que se regroupent ceux qui revendiquent la même différence avec un risque de repli identitaire où les valeurs du sous-groupe ainsi formé l’emportent sur celle de l’ensemble des individus en général.

Dans le même esprit, on peut dire que l’identité nationale, c’est ce qui nous différencie des autres Nations. L’identité nationale ce peut être dans un certain sens, l’originalité nationale. On parle bien de French Touch, ou à l’échelle des régions de Breiz Attitude ou de Caribean Spirit. Cette originalité nationale, on s’en moque un peu, souvent on la dénonce mais parfois on la cultive ou on l’exploite commercialement comme le bateau French Kiss! Les identités nationales peuvent aussi constituer un rempart plus ou moins efficace contre l’uniformisation absolue portée autrefois par le communisme international et maintenant par l’ultra capitalisme mondial ou par les prosélytes de toute sorte qui voudraient imposer leur religion au monde entier. La déculturation systématique entreprise par la Chine lors de la révolution culturelle ou par des talibans iconoclastes montre si l’en était besoin que cette notion d’identité nationale, d’identité culturelle existe et compte.

L’identité nationale, ciment du vivre ensemble.

L’identité nationale est donc une notion fondamentale de notre société. En plus d’être un ciment entre les individus, c’est aussi le seul moyen pour les français récents de trouver leur place dans cette société. Elle leur permet en quelque sorte de monter dans le train sans rester sur le quai. Ce débat est crucial voire stratégique. Il est obligatoire. Il renvoie plus à l’intégration des populations d’immigrés installés en France et de leurs descendants qu’à l’immigration elle-même qui est un sujet connexe mais différent comme l’est la laïcité.

Trente ans d’anti-Nation

L’idée de nation est un sujet tabou en France depuis que, dans les années quatre-vingts, les socialistes et une grande partie des intellectuels ont volontairement refoulé tout ce qui s’y rapporte. A des fins électorales, ils ont systématiquement dénoncé ce qui faisait de près ou de loin allusion au sentiment national, à la patrie. Dans un contexte houleux, plusieurs réformes du code de la nationalité associant une succession d’avancées et de reculs législatifs en fonction des gouvernements et la  création d’une commission des sages sur le sujet ont contribué à alimenter un débat, devenu extrêmement délétère, peu propice par lui-même à l’intégration. La droite républicaine s’est laissée piéger à l’antinationalisme ambiant et seul le Front National, incarnait alors et pour longtemps cette idée que la France était une Nation, avec une Histoire et des symboles, et que le sentiment patriotique pouvait avoir du sens. Ces notions manipulées par Le Pen ont été associées du coup à la phraséologie à l’idéologie malsaine du parti d’extrême droite. Devenues honteuses et sans fondement toutes les références à la Nation ont été rejetées, dénoncées et malmenées par les élites. C’était l’erre de la diabolisation. Beaucoup d’électeurs attachés à ces valeurs se sont malgré tout, souvent à contre cœur, tournés vers le Front National car lui seul assumait cette thématique. En dénonçant jusqu’au concept même de Nation, les socialistes entraînant une grande parti des intellectuels et de la droite républicaine ont créé un vide abyssal. Pas de symbole, pas de drapeau, pas de monument aux morts, pas de Marseillaise, pas d’amour de la France, pas de patriotisme, pas d’honneur de la France. Exit la fierté nationale. Interdites ces notions, honteuses, ringardes, suspectes. Comment, alors, se sentir Français?

1500 ans d’histoire dénigrés.

Pire, pendant trente ans, c’est la France elle-même et son Histoire qu’on a jugées, déconsidérées, dénoncées, trahies. Ce fut le temps des repentances et des flagellations. Il était de bon ton de dénoncer la France, royaume esclavagiste, république née dans le sang et la terreur, cette France cruelle qui a mis l’Europe à feu et à sang avec Bonaparte le sanguinaire. La France capitaliste, colonisatrice, spoliatrice. La France ingouvernable de Dreyfus, la France qui recrute dans ses colonies les premières lignes de sa guerre de tranchée. Puis c’est la France incertaine, la défaite éclair, la France de Pétain qui se compromet, qui collabore, qui se dénonce. La France de la honte, qui  traque, compte et trie les victimes de la Shoah, qui conduit les trains de la mort. Puis vint la France des femmes rasées, et très vite, la décolonisation, la défaite de Dien Pen Phu, l’OAS,la torture,le 17 octobre 1961, les harkis, le retour d’Algérie. Puis ce fut la crise du pétrole et l’immigration massive, nouvelle colonisation à l’envers, nouvelle exploitation. Sans parler de la responsabilité de la France dans la corruption de l’Afrique, dans l’exploitation de ses ressources et dans l’instabilité ou l’incapacité de ses régimes. C’était ça l’identité nationale dans les années quatre-vingts et quatre-vingt-dix. L’identité de la honte, du déni, voire de l’identité de l’antifrance.

Aucun mot sur Clovis le Franc, sur Charlemagne. Et Jeanne d’Arc, n’y pensez pas, elle est lepéniste la pucelle. Oubliée, la France de l’édit de Nantes, la France de Lafayette, de Voltaire et de Rousseau. La déclaration des droits de l’homme gênante, surtout  son article premier.

Inconnu, le système pénal et institutionnel de Napoléon. Négligée, la France d’ Hugo, de Zola, la France de Pasteur,la France de Schoelcher celle de Marie Curie. Inconnue la France de Clemenceau, la France de Moulin, de Manouchian, de la bataille du rail, la France de Leclercq, de De Gaulle, la France du conseil de sécurité, la France du Concorde. Critiquée la France de la Coopération, de la Francophonie, la France universelle. Pas de fierté, pas d’enthousiasme, du déni, de la honte, de la culpabilité. Comment, alors embrasser le destin Français?

En flottement identitaire

Dans ce contexte de Lepénisation de la Nation, et d’histoire de France honnie, il était très difficile voire impossible pour un jeune français issu de l’immigration de s’inscrire dans cette fameuse identité nationale, de se joindre à une dynamique de culture et de destin commun. Toute une génération, issue de la vague d’immigration des années soixante-dix, a été dans l’impossibilité de se construire, interdite d’accès à cette identité nationale. Les enfants, les jeunes étaient porteurs de la nationalité française, mais privés de nation. Ils avaient une carte d’identité mais pas d’identité.

L’école de la désintégration

Mais le phénomène continu puisque les mêmes socialistes et leurs supporters bien pensants, généreux, et de progrès crient très fort que l’école elle-même est injuste que cette école républicaine aussi est raciste. Les socialistes sont étonnants, ils ont cassé toute une génération, cela ne leur suffit pas, il leur en faut une deuxième. C’est de la faute de l’école si vous n’êtes pas intégré. Ecole élitiste, école coûteuse, école injuste, école de la France. Alors pourquoi faire des efforts ? Pourquoi s’astreindre au long chemin de la scolarité ?

Et l’école, principal vecteur d’intégration, principal créateur d’ascension sociale est déconsidérée, trahie, sapée par les médias, les parents même, les professeurs. Dès lors l’école terreau de cette identité nationale est en panne d’intégration. Ringarde l’école de Marcel Pagnol, conservatrice l’école de Jules Ferry. Elle a perdu son crédit. Mais ce crédit, cette aura ce sont les enfants qui en ont besoin pour adhérer au projet, pour se construire. Ce sont eux les orphelins du savoir et de l’intégration. Ce sont eux les condamnés au chômage, aux petits boulots et à la haine.

Et pour rajouter à leur frustration, on leur fait miroiter une pauvre bouée de sauvetage. La discrimination positive. Le fin du fin.

La discrimination positive est une discrimination. Elle fait de la race, de l’origine ethnique, un signe distinctif. Depuis trente ans dans les médias à l’école, dans le secteur social, on peut entendre ce discours. Ce n’est pas de leur faute si les jeunes ont des problèmes, c’est parce qu’ils sont enfants d’immigrés, c’est à cause de la couleur leur peau. La société française, la France est raciste, ils ne peuvent pas s’en sortir. Comme si, le chômage, la précarité, les difficultés familiales, sociales, professionnelles, la violence, la drogue, la crise du logement, le surendettement ne touchaient pas les français dits de souche. Quels dégâts  pour cette jeunesse !

Non seulement on les empêche de s’emparer de l’Identité Française, en leur martelant que la France c’est mal, c’est honteux et en leur répétant que cette France est raciste, qu’elle leur en veut particulièrement et qu’ils en sont les victimes ou les laissés pour compte. Mais en plus, on leur laisse entendre que pour la république et son école, ils ne seraient pas tout à fait les mêmes, qu’ils seraient un peu spéciaux, ils auraient d’autres droits, pas ceux de tout le monde. Dans les concours, ils auraient donc une petite place bien à eux et pour les examens des sujets différents plus faciles. On le fait en Amérique, pourquoi pas chez nous ?

Outre son caractère extrêmement humiliant, désobligeant et raciste, cette idée de discrimination positive contribue à les isoler, à les rejeter, à les différencier. Elle contribue à leur faire oublier que la République ne fait aucune différence entre ses citoyens qui sont tous dotés des mêmes droits et devoirs quelque soit leur origine et leur couleur.

Deux intégrations : une réussite, un échec

On nous décrit toujours l’intégration ratée, difficile, rebelle. Jamais on ne nous parle des avocats, des préfets, des chirurgiens, des boulangers, des commerciaux, des militaires, des policiers, des premiers de la classe, des athlètes, des ministres issus de l’immigration, de tout ceux, les plus nombreux en fait, qui ont décidé d’appartenir à la France, qui ont relevé  les défis, qui ont combattu les idées reçues, le racisme quotidien. Ceux qui sans renier leur origine ou leur passé se sont construits la même vie que tous les Français, sont bien sûr anonymes et silencieux, et pourtant ce sont eux les plus nombreux. Comme de nombreuses générations d’enfants d’immigrés avant eux, ils sont fiers de leur origine et sont fiers d’être Français. Ils ne se sont pas cachés derrière le petit racisme français quotidien (réel et intolérable), ni derrière l’injustice sociale, comme on les y incitait. Ils se sont pris en main, ils ont regardé droit devant pour construire leur avenir.

Non, ceux qui intéressent les médias et les intellectuels, sont ceux qui brûlent des voitures, sifflent la Marseillaise et chantent que la France est une garce. Ceux là sont médiatisés et par un phénomène d’identification servent d’exemple et ajoutent au malaise.

L’identité nationale : le socle de l’ascension sociale

Quand entendra-t-on les hommes politiques, les intellectuels, les travailleurs sociaux et les enseignants tenir à ces enfants un discours responsabilisant et rassurant ? « La république ne voit en toi qu’un fils ou une fille de France. Elle t’accueille en son sein quelle que soit ta couleur et tes origines. Tu as les mêmes difficultés, les mêmes problèmes que tous les autres mais tu as une chance, c’est d’être Français, ici en France. Si tu le veux, la France t’accompagnera. A toi de saisir l’opportunité que t’offre l’école qui te conduira très haut, si veux travailler et en accepter les règles. Ce ne sera pas facile, ça ne l’est pour personne, mais avec courage et détermination, tu peux t’en sortir, aussi bien voire mieux que les autres.» Quand les élites renoueront-elles avec la fierté de la France ? Quand cesseront-elles de ternir systématiquement son image, afin de permettre à ces Français récents d’accepter l’idée d’appartenir à leur propre pays ? Quand cesseront-elles de tenir des discours ambivalents, agitant sans cesse les brandons de la discorde, du communautarisme et du ségrégationnisme. Le débat sur l’identité Nationale est une opportunité qu’il faut saisir.

Des erreurs à ne plus commettre

Encore une fois les socialistes officiellement refusent ce débat. Ils ont tort et beaucoup d’entre eux le regrettent. Ce débat les dérange encore, on le comprend, ils devraient néanmoins l’assumer, c’est une nécessité. Nicolas Sarkozy a osé rompre avec l’omerta sur l’idée de Nation. Il a sereinement assumé sa fierté d’être français, son respect pour la France sans tabou, sans mortification. La dédiabolisation tardive de la Nation était en marche. Avant l’élection présidentielle, que n’avions nous pas entendu, sur la dangerosité, sur le « fascisme »de Nicolas Sarkozy. Mais lui seul, a réussi à ramener Le Pen de 17 % à 10 %.

Après trente années perdues, les jeunes issus de l’immigration peuvent enfin se permettre de croire à leur appartenance à la nation Française. Ca n’est pas suffisant, mais c’est indispensable. Une nouvelle époque, où l’intégration serait sereine peut enfin commencer. Ne nous privons pas de ce débat. Même si de nombreux problèmes persistent, osons aimer la France, car aimer la France, c’est aussi aimer les français, tous les Français.

par Georges-Philippe Fontaine

Un commentaire sur “L’identité nationale : Une notion fondamentale pour un débat indispensable”

  1. ludovic Jolivet

    Il faut prendre le temps de lire cette note de G-P Fontaine,et porter ce débat sur la place publique. La Préfecture organisera une rencontre à Quimper, nous vous donnerons la date. En ce qui nous concerne, le 18/20 de Janvier y sera consacré.

    #1096

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