Croke Park, coeur de l’identité irlandaise
Demain soir, les Bleus défient les Verts à Dublin, au coeur de l’Irlande républicaine, pays à forte identité nationale s’il en est. « Le fighting spirit est une notion qui ne s’exporte ni ne s’importe. Pour l’avoir, il faut être né ici, y avoir vécu, avoir mangé la soupe d’ici », témoigne ce matin avec gourmandise l’ancien vainqueur du Tour de France Stephen Roche dans « Le Parisien-Aujourd’hui en France ».
La rencontre aura lieu à Croke Park. « Vous ne pouvez pas comprendre ce que ce stade représente pour nous, Irlandais. Notre sang y a coulé, nous y avons perdu des frères, des parents et des enfants. L’oppresseur anglais a voulu nous y détruire, mais l’esprit de Croke Park nous a aidés à nous affranchir. A jamais, il symbolisera l’identité de tout un peuple, son indépendance, son cœur et sa force », affirme un supporter.
« Bloody Sunday », souvenir à vif
Fermement réservée aux sports exclusivement irlandais, cette enceinte capable d’accueillir plus de 80 000 personnes héberge pourtant les sports d’origine anglaise – football, ici baptisé soccer, et rugby – jusqu’à l’achèvement des travaux de rénovation du mythique stade de Landsdowne Road. Il fallut pour acter cette incroyable dérogation des années de négociation…
Pourquoi tant d’attachement ? Parce que Croke Park fut le théâtre d’une tragédie rendue mondialement célèbre par le groupe U2 : « Bloody Sunday ». Ce 21 novembre 1920, en représailles à l’assassinat par l’IRA des membres d’une équipe des services secrets britanniques, les policiers anglais ont tiré dans la foule rassemblée à l’occasion d’un match de football gaélique, tuant quatorze personnes. Parmi elles, le capitaine d’une des deux formations, Michael Hogan. L’une des tribunes de Croke Park porte son nom.
Adversaires et frères
Demain, il y a fort à parier que les quelque 7000 supporters français qui prendront place dans les travées de Croke Park seront accueillis comme des adversaires sportifs, mais aussi comme des frères. Il est vraisemblable que l’heure sera plus à la communion qu’à la confrontation, chacun affichant et portant haut ses couleurs sans craindre de recevoir insultes, coups ou projectiles.
Alors, où est le problème ? Il est peut-être dans le fait que, à juste titre, personne ne montre les Irlandais du doigt en dénonçant l’amour qu’ils éprouvent pour leur identité nationale. Personne ne s’en étonne, personne ne les juge, nul ne les soupçonne de dérives racistes ou d’hostilité chronique envers l’étranger. Et c’est tant mieux.
Aimer son pays
Sur l’autre rive de ce que nous appelons chez nous la Manche (il est peu probable d’ailleurs que les Irlandais goûtent eux-aussi la dénomination ‘’English Channel’’), aimer son pays relève en revanche, aux yeux de certains, de l’archaïsme, de l’étroitesse d’esprit, de la provocation, de la peur du lendemain, j’en passe et des bien pires.
Demain soir, l’esprit de Croke Park soufflera sur l’Irlande. Nos footballeurs en pâtiront peut-être. So what ? L’Eire cessera-t-elle pour autant d’être un pays ami et une démocratie exemplaire ?
Olivier Boyer


en écoutant différents commentaires aujourd’hui à la radio, ce qui est frappant c’est que beaucoup de gens louent le souffle identitaire irlandais et dénigre la volonté française de se pencher sur cette question.
Sur un plan plus « footbalistique », certains spéculent sur une défaite française préférant la ferveur, la solidarité irlandaise à notre professionalisme moins lyrique et plus froid.
Cette absence de confiance en nous, ce dénigrement de nos atouts est quand même inquiétante.
à la question d’un journaliste « êtes vous fier d’être français », Cecile Duflot -secrétaire générale- des verts a répondu « être français c’est un fait » point barre.
Donc elle n’est pas fière d’être française ! ou alors elle n’ose pas le dire, c’est quand même incroyable, non ?
rectificatif : pendant le match de rugby cette fois, le stadium de Toulouse a chanté la marseillaise en cours de partie pour encourager les bleus. Oui l’identité nationale existe, c’est peut être futile s’agissant d’une rencontre sportive, mais des petits bonheurs comme cela et bien moi, ça me fait chaud au coeur (surtout qu’on a gagné ! et contre des verts en plus…)
Emmanuel : lorsqu’on considère qu’on fait partie d’une même espèce homogène, sans différenciation interne (sans races ni frontières par exemple), il est difficile d’être fier d’être né dans un endroit parrticulier alors que le champ des considérations est le monde.
Je crois qu’il est important de comprndre pourquoi les français ne sont pas fiers de ce qu’ils sont, pourquoi Sarkozy vient de parler » de haine de soi et des siens, de détestation de son identité ».
Entre nous, Emmanuel, ce débat porte le risque d’ouvrir d’autres débats que la seule « identité nationale ».
Oui nous sommes citoyens du monde, en tous les cas « philosophiquement » citoyen du monde!
Cela n’empêche pas d’être fier d’être français, breton, corse, basque. D’aimer le vin, le fromage ou un bon cidre, de dire qu’il est bon, voire le meilleur. Nous pourrions tout à fait transplanter cela au football, au cyclisme, à la langue, à la danse… D’ailleurs, c’est vrai, avons-nous le mérite de cultiver notre fierté dans la mesure où nous sommes né là, ce n’est pas une victoire, un effort, mais un hasard ???
Nous pouvons avoir les tripes qui remuent lorsque résonne la Marseillaise, le Bro Goz, ou même l’internationale. Tressaillir lors de certaines célébrations des moments de notre histoire, des temps forts qui nous ont dépassés, qui nous rappellent que nous sommes tout petit…et nous permettent de relativiser.
Tout cela est le fruit du travail de nos ancêtres et de toutes les valeurs accumulées et brassées.
Enfin, il y a les premières senteurs dont chacun de nous se souvient lorsqu’il était enfant. Le paysage qui a imprimé ses premières visions de ce monde, avec lequel nous comparons le reste pendant longtemps. En effet ces première odeurs, ces premiers clichés configurent notre esprit.
En sortant de sa grotte… (celle de Platon) on peut aussi affirmer que d’autres citoyens du monde ont vécu les mêmes sentiments. C’est alors que nous pouvons nous trouver ridicule dans nos pensées, nos valeurs, notre identité. Que représente un fromage comme le Roquefort, ou un Kouing Aman ? Méritent-ils de faire partie de notre identité, de l’exception culturelle ?
En revanche, le fait d’être, de penser, d’agir, nous le devons à ceux qui nous ont précédés. Ils se sont battus, révoltés, indignés eux aussi, probablement plus que nous aujourd’hui, car beaucoup y ont laissé leur vie.
Notre fierté, notre identité, notre patrimoine, que nous souhaitons partager, proclamer sont peut-être ni plus, ni moins, qu’un hommage à ceux qui nous ont précédés, une façon de leur dire merci pour ces moments heureux présents qui nous donnent le sentiment de fierté et d’appartenance à la tribu et de communier ensemble.
D’autre(s) au contraire considèrent qu’ils ne doivent rien à leurs parents, et qu’ils pourraient « en apprendre » à celui qui enseigne… Finalement ne sont-ils pas fiers d’une seule chose : d’eux ?
Notre être est notre richesse. C’est d’abord la fierté nationale, celle de notre passé! (Max Gallo)… Dénigrer son pays sans cesse, c’est dénigrer son histoire, sa propre histoire, celle de sa famille, celle qui fait ce que nous sommes aujourd’hui ! aimer son pays, son drapeau et son hymne même, c’est aimer le passé des nôtres. Ce qui ont versés leur sang vaut bien se respect là. Grâce à eux aujourd’hui nous sommes libres de nous exprimer. Dénigrer son pays en permanence de nos jours c’est dénigrer l’histoire d’une part de sa propre famille… soi même! Aimer la France, Aimer vous… tout n’est certes pas parfais, mais honnêtement, sur cette Terre, nous pouvons quand même dire et clamer qu’il y a de quoi aimer ce pays : la FRANCE
Olivier,
Tu parles notamment du massacre de 1920. je ne peux que vous inviter à regarder le très beau film « Michael Collins », tiré évidemment de faits réels.
Croke Park était notamment consacré aux sports gaéliques.
Il y eut le massacre du 20 novembre 1920, le bloody sunday. Le titre du groupe irlandais U2, dont vous savez que j’ai pu suivre la tournée à travers le monde cet été, « Sunday Bloody Sunday » faisant lui le rapport avec le massacre du dimanche sanglant de janvier 1972.
Concernant l’identité, il est vrai que l’irlande est un pays à part. Une forte émigration, une forte immigration, de fortes rivalités qui ont, à travers le temps, renforcées l’union d’un peuple.
Culture celte que, nous bretons, nous aimons !
Nous avons d’ailleurs un peu cette culture forte !
La fierté nationale est moins affichée chez nous, mais elle tout aussi présente !
Alors une guiness ?
Excellent le film « Michael Collins » !