18/20 : les classes moyennes au coeur de la démocratie

Mercredi 29 avril 2009
publié par Olivier Boyer

Le logo-ump18-201 de ce mois accueillait mercredi 22 avril Dominique Lambert, ingénieur écologue, latiniste, helléniste, écrivain à ses heures, c’est ainsi qu’il fut présenté par Georges-Philippe Fontaine, qui lui demandait où se trouve le curseur en matière d’appréhension des classes moyennes, l’occasion d’un long développement sur le thème.

En effet si chacun sait à peu près ce qu’est la pauvreté, ainsi que la richesse (pouvoir vivre des intérêts de ses intérêts, ce qui suppose un patrimoine solide), la classe intermédiaire, non seulement se décompose en critères économiques ou sociaux mais la perception qu’ont les individus de leur propre situation est en décalage avec une forme de réalité. Ainsi une étude du CREDOC de 2008, qui découpe les classes en : défavorisées, populaires, classe moyenne inférieure, puis supérieure, aisée et privilégiée montre que des populations interrogées, qui rentrent dans une catégorie « économique » donnée pensent appartenir à la classe plus « basse » ou plus « haute ».

Par ailleurs sur le plan purement financier, le seuil de richesse, selon le CREDOC, est estimé à 4650 € de revenus par personne, la moyenne est à 1550€, la médiane à 1470 €. Entre 2000 et 2008 la médiane a baissé, la moyenne s’est maintenue.

Dominique fait référence aux études de Lipietz, qu’il ne suivrait sans doute pas sur son terrain de l’écologie mais dont les analyses de la situation économique de la population lui semblent pertinentes. Ainsi si l’on compare les périodes de 1955 à 1975 et de 1980 à 2005, on constate un écrasement des tranches moyennes, les tranches populaires ont bénéficié des transferts sociaux, les classes favorisées ont bénéficié des dégrèvements fiscaux. Par ailleurs, et en partie pour les mêmes raisons la part des dépenses contraintes de ces populations les ont conduites à des tensions « de fin de mois », le reste à vivre étant entamé notamment par le coût du logement, qu’il soit de loyer ou de remboursement d’emprunts, eu égard à l’augmentation de l’immobilier. Entre 1990 et 2008, seules les classes aisées et privilégiées ont vu leur pourcentage d’accession à la propriété croître, les autres ont perdu de la capacité à se rendre propriétaire.

Notre intervenant rappelle les différentes dépenses : contraintes (logement, téléphone, chauffage, eau, assurance) incontournables (alimentation, santé, transport) et arbitrable (habillement, loisir , équipement, épargne), et l’on constate que la part relative des dépenses contraintes est plus importante quand on descend vers la pauvreté.

Heureusement, comme l’indique Max Weber, la satisfaction sociale est subjective, basée sur le style de vie, le mode de consommation et le statut social, et ceci peut donner plus de sens à une vie que l’archétype anglo-saxon des middle class pour qui les seuls critères sont d’être propriétaire de sa maison, son jardin, sa voiture.

L’intervenant nous a rappelé Platon, pour qui les classes supérieures étaient celles qui n’avaient pas besoin de travailler et pouvaient faire de la politique, ainsi qu’Aristote, pour qui le peuple c’est la démocratie.
Solon, 6 siècle avant J.-C., l’un des sept sages de la Grèce, avait compris tout l’intérêt qu’il y a à reconnaître les classes moyennes, comprises entre « l’arrogance d’en haut » et « la violence d’en bas », ainsi il les avait fait participer à le vie de la cité (démocratie).

Dominique a également rappelé l’étude de Hannah Arendt, philosophe américaine d’origine allemande, qui établit une corrélation entre diminution de la classe moyenne et totalitarisme.

De quoi se poser bien des questions et très certainement accompagner Nicolas Sarkozy dans sa volonté de faire des classes moyennes le cœur du pays, de petits propriétaires, libres et reconnus, qui maintiendront les équilibres fondamentaux de la cité.
Pour qu’ils ne soient pas écrasés au milieu du sablier, il faudrait donc les délester du fardeau de l’impôt et augmenter celui des classes privilégiées ainsi que réduire les prestations des classes les moins favorisées.
Difficile équilibre à trouver, convenons-en, mais n’oublions pas l’étude de Hannah Arendt.

Votre animateur dévoué : Bernard Cabelguen

Laisser un commentaire